DE PLUS EN PLUS COÛTEUX D'ASSURER LES CONDOS
Reportage de Normand Grondin (Radio-Canada, le 5 février 2015)
Les assureurs spécialisés en habitation sont de plus en plus
réfractaires aux copropriétés et les consommateurs en paient le prix. Le
Regroupement des gestionnaires de copropriétés du Québec s'en doutait
depuis longtemps, mais un sondage réalisé le mois dernier le confirme.
«La copropriété au Québec existe depuis 1969 et il y a toujours eu des
assureurs qui se sont intéressés au marché. C'est la première fois qu'on
vit deux phénomènes : l'augmentation des primes de façon significative,
mais aussi des assureurs qui disent : "on ne veut plus relever votre
risque"», dit Me Yves Joli-Coeur, secrétaire du Regroupement.
Selon le sondage, réalisé auprès de 700 gestionnaires de copropriétés,
les prix de la majorité des primes et des franchises d'assurances ont
augmenté de 20 % à plus de 100 % depuis 2010.
La cause des hausses est facile à identifier : dégâts d'eau,
refoulements d'égouts, mauvais entretien, mais également vices
de construction.
«C'est une problématique réelle la qualité du bâti, la surveillance des
chantiers et d'ailleurs, il y a beaucoup de sinistres dans les
copropriétés qui ont été causés par une mauvaise qualité de
construction», précise Yves Joli-Coeur.
Le sondage révèle également que 90 % des gestionnaires se sont fait
refuser au moins une fois une couverture d'assurance, soit pour
inondation, refoulement d'égouts, ou responsabilité des administrateurs.
Par exemple, Mario D'Aquino, gestionnaire d'une copropriété de 48 unités
à Terrebonne, a eu beaucoup de difficulté à trouver un assureur après
deux réclamations en un an.
«Heureusement, par des contacts et des soumissions, nous avons réussi à
trouver quelqu'un, mais nous avons plus que quadruplé notre prix
d'assurance, de 6000 $ par année à 31 000 $. Plus des franchises pour
les prochains dommages d'eau de 50 000 $», raconte-t-il.
L'industrie croit qu'il faut faire plus de formation et de prévention
auprès des gestionnaires et des propriétaires afin de diminuer le nombre
de réclamations.
«Entre 50 % et 60 % des réclamations proviennent des dégâts d'eau, c'est
énorme », souligne Serge Meloche, directeur relations clients chez Dale
Parizeau Morris Mackenzie. « Et un dégât d'eau quand vous êtes dans un
syndicat de copropriété et que vous avez quatre étages et que ça
descend, ce n'est pas un dommage de 6000 $ comme dans une
propriété privée.»
Selon les experts, le marché de l'assurance de copropriété est
relativement petit et si d'autres assureurs l'abandonnent, on pourrait
assister bientôt à une véritable crise.